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                                   Stimulase, le management technologique source de productivité

Avec la puce cérébrale Stimulase, il est désormais impossible de tricher au travail, de vaquer à des occupations superflues, de se distraire pendant son temps d’activité. L’oisiveté pendant les heures professionnelles était en effet devenue un véritable fardeau pour la productivité nationale. Chaque année, des millions d’heures étaient perdues en discussions informelles entre collègues, en chats sur les réseaux internes, en navigations privées sur Internet, ou autres activités distractives n’ayant rien à voir avec les tâches productives pour lesquelles étaient payés les salariés. Un groupe d’entrepreneurs du syndicat Product a ainsi financé la création d’une puce censée optimiser la productivité des salariés. Elle avait aussi comme vertu de réduire les erreurs en guidant les travailleurs dans leurs tâches.

La puce était implantée au moment de l’embauche. Elle s’activait à l’heure d’embauche et de désactivait à l’heure de la débauche. Véritable manager personnel, elle était capable de détecter les moindres défauts dans le comportement d’un salarié, mais aussi de lui donner des conseils au fur et à mesure de la journée, ou encore de comptabiliser les moments improductifs. Ainsi, si une personne passait trente minutes de sa journée à discuter réellement ou virtuellement avec des collègues sur des sujets non professionnels, ce temps était décompté de son salaire. La puce filmait tout en permanence, et n’avait pas qu’une fonction de flicage. Elle pouvait aussi aider les salariés lorsqu’ils étaient bloqués dans l’accomplissement d’une tâche. Elle captait aussi le défaut d’attention ou de concentration de l’employé, et pouvait le rappeler à l’ordre s’il passait sous une certaine limite d’intensité d’activité.

L’apparition de cette technologie fut provoquée par le constat d’une certaine inégalité dans le comportement des travailleurs. En effet, 80 % de la production était créée par les 30% de salariés les plus concentrés et actifs, les autres passant la plus grande partie de leur temps à ne rien faire ou à palabrer inutilement. Cette situation était parfaitement inacceptable pour un certain nombre de personnes, qui décidèrent de faire valoir leurs droits et leurs intérêts au plus haut niveau. De même, le syndicat Predict estima qu’une telle puce serait une aide décisive pour remplacer les managers, très coûteux pour l’entreprise en raison de leurs salaires élevés, et finalement peu productifs. Sophia Lafosse, qui dirigeait ce syndicat de patrons, estimait ainsi que grâce à cette puce, il serait possible de réduire la masse salariale consacrée aux managers de plus de 50%. De même, cette technologie serait beaucoup moins faillible et contestable qu’un être humain. Personnalisée et agréable, adaptée à la personnalité de chacun, elle était capable de stimuler l’intérêt du salarié pour son travail en lui prodiguant des conseils avisés avec un ton sympathique et amical. Grâce à la puce, les managers toxiques, désagréables, inhumains et néfastes à la joie de vivre des salariés ne seraient plus qu’un lointain souvenir.

Il était impossible de refuser une implantation. En effet, les contrats étaient considérés comme signés au moment de l’activation de l’appareil, injecté à la base du cou. Un grand nombre de personnes virent cette technologie comme la preuve que le régime avait sombré dans la dictature. Les syndicats et les partis de gauche eurent beau hurler à la dictature, au fascisme, voire au nazisme entrepreneurial, rien n’y fit. Le syndicat Predict parvint à imposer son innovation au plus grand nombre. D’ailleurs, Sophie Lafosse affirmait être de gauche. Elle pensait que la puce permettrait de remplacer des rapports de domination aliénants et nocifs entre les managers et les managés. Le management technologique était selon elle la conséquence logique de dizaines d’années d’automatisation de cette fonction.

Pour éviter les conflits et la souffrance au travail, mais aussi pour optimiser la productivité de tous les salariés, les puces Stimulase étaient une véritable révolution pour des millions de travailleurs en France et dans le monde. Ainsi, deux ans après sa généralisation à toute la population active, la productivité avait crû de 25%, dévoilant les nombreux abus antérieurs. Toutefois, ce succès prodigieux avait aussi sa part d’ombre. Le taux de démission et de suicide au travail avait aussi crû dans des proportions vertigineuses. Pour certaines personnes, il était tout simplement insupportable d’être contrôlé toute la journée par une puce intransigeante qui, bien qu’empathique et amicale, n’en était pas moins une source de sanctions quotidiennes. Si une grande majorité de la population se plia à cette technologie managériale, la frange la plus oisive de la population ne supporta pas et fut poussée à des comportements extrêmes les poussants à l’exclusion du système productif, par la démission ou pour les cas les plus dramatiques par le suicide.

Face à cette situation, dans laquelle la main d’œuvre était de plus en plus servile et aliénée, les effets pervers ne tardèrent pas à se faire sentir. Un leader politique antipuce Fox Rex se présenta à l’élection présidentielle et plaça en tête de son programme le retrait des puces et le retour à un management humain qui, bien qu’imparfait, était préférable à une gestion technologique de la main d’œuvre. Face à lui, Markus Fundle estimait qu’il fallait gérer l’intégralité de la vie des citoyens grâce à ces puces, censées remplacer les forces de l’ordre en régulant la société d’une manière optimale. En effet, il envisageait doter les puces d’une fonction neutralisatrice. En cas d’acte illicite détecté par l’appareil, l’individu serait neutralisé par la diffusion de ce produit.

Fox Rex fut élu Président après une campagne animée et mit son projet à exécution. Le pays se souvint longtemps des années d’activation du système Stimulase et des risques de dérives totalitaires de ces technologies. Désormais, la pire crainte de Markus Fundle était que les concurrents de la France en Europe et dans le monde s’équipent de la puce et accentuent leur productivité. En effet, sans cet appareil, les Français allaient retrouver leurs travers et être moins rentables, augmentant le coût de leurs produits et services, et donc altérant la compétitivité de toute une société.

Thomas Michaud, 27/09/2026