L’entreprise Zeldo vient de sortir le digilaser, un laser inséré dans le doigt des utilisateurs. L’appareil est incrusté sous-cutané, et est capable de diffuser un laser gravant des lettres, chiffres et symboles sur un support ressemblant à du papier, mais sensiblement différent. Ces pages nommées lastyles, sont constituées de composites carbonés complexes, produits du génie biotechnologique, synthétisés avec de l’hélium-3. Il est possible d’écrire dessus des textes dont la durée de vie est réputée éternelle. Les inventeurs de cette technologie prétendent en effet que les mots écrits sur un lastyle avec un digilaser sont quasiment indestructibles. L’exposition à de fortes chaleurs, même à une explosion nucléaire, n’y ferait rien. Ces feuilles de nouvelle génération sont dotées d’une résistance à toute épreuve. Ainsi, la nouvelle tendance est à la publication de livres sur ce type de support, afin de les rendre résistants à toutes les formes d’aléas, notamment climatiques. L’inventeur de cette nouvelle forme d’écriture a avoué avoir cherché à créer un support suffisamment résistant pour survivre à un cataclysme cosmique majeur, comme la croissance du soleil, dont le rayonnement pourrait rendre toute forme de vie impossible sur Terre. Voici sa justification :
« J’ai imaginé que la température sur Terre pourrait atteindre 10 000°, rendant la planète inadaptée à la vie humaine. Dans la mesure où il est pour l’heure impossible d’organiser une migration massive sur une autre planète, j’ai considéré qu’il serait intéressant de figer nos connaissances sur des supports extrêmement résistants, afin de transmettre notre mémoire à d’éventuels extraterrestres qui visiteraient notre planète dans 1 000, 10 000 ou un million d’années. C’est pourquoi j’ai inventé le lastyle, ce support indestructible et inaltérable. »
Toutefois, la révolution initiée par Ronan Dindron ne s’arrête pas là. Le digilaser est une mutation considérable des moyens de communication. Connecté au système neurocognitif de l’individu, il permet de commander ce stylo laser greffé dans le doigt par la simple pensée. Ainsi, le digilaser grave pour l’éternité sur du lastyle des textes qui seront transmis aux générations futures, sans possibilité de les détruire.
Cette invention a réactivé l’écriture manuscrite, bien que celle-ci soit cette fois-ci assistée par laser. Cette innovation fut diffusée initialement dans les milieux académiques et universitaires. Les auteurs d’articles et de livres scientifiques furent incités à les écrire sur les lastyles, plutôt que sur ordinateurs. En effet, les fichiers numériques furent jugés trop périssables, un bug informatique pouvant provoquer leur disparition irrémédiable. La recherche de Ronan Dindron fut en effet aussi provoquée par le gigantesque bug d’Internet de 2030, lors de laquelle la Russie a lancé un virus provoquant l’anéantissement du cloud et de 90% des données contenues sur Internet. De plus, 80% des ordinateurs furent rendus obsolètes par cette attaque massive qui provoqua un désordre indescriptible sur toute la planète.
Initialement, le digilaser était un petit appareil projetant de l’encre stockée dans le doigt de l’écrivain. Commandé par la pensée, il permettait de guider le doigt d’une manière parfaite, rédigeant des textes avec des lettres d’une grande qualité et d’une pureté égale à des machines. Le digilaser permet d’écrire des symboles parfaits. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’écrit, dans laquelle les livres et les connaissances les plus importantes seront inscrites sur ces supports ultrarésistants. Les utilisateurs de digilasers ne sont pourtant pas très nombreux pour l’instant. Il faut être doté d’une formation spécialisée, permettant de fusionner la conscience et la créativité avec une gestuelle quasiment désincarnée. En effet, les néoscribes doivent laisser leur main et leur doigt équipé du digilaser suivre les consignes du néocortex cérébral. L’auteur doit être préparé psychologiquement à cette expérience particulière. En effet, les chercheurs se sont rendu compte que ce nouveau moyen de communication impliquait une nouvelle forme de créativité, et l’accès à de nouvelles strates de la connaissance. Les chercheurs, grâce à ce système, ont notamment résolu des problèmes jusqu’alors réputés insolubles notamment en géométrie, en parvenant à se représenter gestuellement des configurations spatiales complexes.
Le digilaser permet notamment de sculpter des objets tridimensionnels, et ainsi de créer des objets selon son bon vouloir. L’industrie issue de cette innovation s’avère prometteuse, même si pour l’heure, le nombre de néoscribes demeure limité. Il faut encore développer l’extraction et le transfert massif d’hélium-3 sur Terre. Ce matériau, que l’on trouve en abondance sur la Lune, est en effet au fondement des lastyles. Ronan Dindron estime que cette technologie pourra être diffusée massivement quand il sera possible de produire des quantités de lastyle importantes. Dans les prochaines années, il est envisagé de graver des millions de pages de livres et d’articles, afin de garantir la survie éternelle des connaissances humaines.
Thomas Michaud
11/11/2025