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L’Orniquart, la machine qui transforme le plomb en or

Vidéo générée par Veo.

Eurêka ! Le mythe de la pierre philosophale est devenu une réalité. Les alchimistes du moyen âge qui rêvaient de transformer le plomb en or ont été exaucés. L’Orniquart est une machine capable de réaliser cette prouesse. Issue des progrès dans le domaine de la physique des particules initiés dans les années 2020, cette technologie du laboratoire de métalloingénierie de la ville de Poitiers est désormais opérationnelle. Le Professeur Oras a réussi la prouesse de créer cet engin de la taille d’un gigantesque cube de 30 mètres de côté en banlieue de la métropole poitevine. Alors que l’État n’avait plus de moyens financiers pour contribuer à la recherche, il a obtenu des fonds de structures privées, des entreprises régionales intriguées par son ambitieux programme. Oras était un homme plutôt avare de paroles, qui travaillait secrètement depuis des années dans son laboratoire. Il avait fréquenté pendant plusieurs années le CERN, en Suisse, où il avait passé sa thèse de doctorat en 2025, année des premiers résultats concluants sur la transmutation du plomb en or. 25 ans plus tard, en 2050, ces expériences, un temps abandonnées en raison de leur dimension trop théorique, ont trouvé des applications pratiques plus qu’attrayantes. En effet, l’Orniquart est une gigantesque machine qui peut transformer le plomb, mais aussi le fer, et de nombreux autres métaux courants en or, en seulement quelques minutes. Le Professeur Oras a affirmé pouvoir transformer environ une tonne par jour dans un premier temps, avant d’accélérer la cadence dès qu’il dégagerait les premiers bénéfices financiers lui permettant d’ouvrir d’autres centres de fabrication. Pour mener à bien ses recherches, le chercheur poitevin a dû effectuer des expériences sur des centaines de tonnes de métaux, dont la plupart furent dissoutes pendant les tests. Oras pensait que la physique subatomique à l’œuvre dans le processus pouvait avoir fait disparaitre cette matière dans une dimension parallèle en la convertissant en antimatière. Lorsqu’il parvint à mettre au point la formule permettant de contrôler cette dynamique transformatrice, la région Poitou-Charentes où il résidait n’avait pratiquement plus de métaux usagés à disposition. Il avait demandé à ses étudiants de rechercher la moindre cuillère métallique dans les décharges environnantes afin de tester sur ces objets ses théories et expériences révolutionnaires. Son appareil nécessitait en effet de recréer artificiellement un micro trou noir afin d’y insérer les métaux. Si un certain nombre avaient disparu, il était parvenu à réguler les paramètres afin d’assurer le retour d’outils en plomb avec un aspect aurifère d’une grande pureté. Le blackholisme était le nom donné au processus de transmutation. Il fallait y penser, mais il semblait bien que certaines parties de l’univers soient essentiellement constituées d’or. La structure cryptoorganique de ce monde parallèle, et notamment son atmosphère, avait un effet semblable à la corrosion, mais au lieu de provoquer de la rouille, créait de l’or.

La découverte de cet univers nanoscopique avec de telles vertus, accessible uniquement grâce à un micro trou noir, fut une véritable révolution aussi bien pour la cosmologie, que pour les nanosciences ou pour la physique des particules. Toutefois, Oras conservait secrètement la technologie du blackholisme, mais aussi l’emplacement de ce nanomonde miraculeux qui permettait de convertir les métaux banals sur Terre en or, très fréquent, et même omniprésent sur cet univers parallèle.

Toutefois, peu de monde connaissait le véritable fonctionnement de l’Orniquart, qui demeurait un savoir précieusement gardé. En effet, les enjeux économiques étaient considérables. Dans un premier temps, le Professeur Oras garda sa découverte secrète afin d’éviter que des personnes malintentionnées tentent de s’en emparer. Un consortium d’une dizaine d’entreprises lui avait procuré une dizaine de millions d’euros en vingt ans qui lui avaient suffi pour mener à bien sa découverte. Il ne possédait plus que 20% de son entreprise, ayant dû concéder le reste à ses financiers et mécènes. On trouvait parmi ses bienfaiteurs des banques, des industriels et des entreprises extractrices. Metoplastic était une entreprise spécialisée dans l’exploitation de mines de fer situées un peu partout sur la planète. Elle pouvait donc procurer à Oras la matière première susceptible d’être transformée en or. En un mois, trente tonnes d’or sortirent d’Orniquart. Si bien que le chercheur envisageait de la revendre pour financer la construction d’autres machines, afin d’accélérer encore la production. Il pensait produire environ 300 tonnes la première année, puis 500 la deuxième, puis mille la troisième, ce qui lui permettrait d’atteindre l’équivalent du stock d’or de l’État français en seulement quatre ans.

Quand les autorités apprirent l’existence de cette machine, elles décidèrent qu’il s’agissait là d’un des engins les plus prodigieux, mais aussi le plus dangereux de ces dernières décennies. Mais toute innovation radicale n’entraine-t-elle pas autant de problèmes que de solutions ? En effet, le chef de l’État considéra que cet engin devait être réquisitionné, devenir le monopole de la Banque de France, et être protégé par l’armée. Il n’était pas concevable qu’une telle prouesse technologique demeure l’apanage de quelques acteurs privés qui pourraient décider de profiter de cette manne financière pour s’enrichir considérablement, possiblement à des fins néfastes. Le Président, Séraphin Marchon, estima que l’Orniquart serait utilisé à des fins de désendettement du pays. Il était en effet confronté à un grave problème de finances publiques risquant de mener à la faillite, et au non-paiement des retraites. À deux ans de la fin de son mandat, il devait faire face à un groupuscule de jeunes activistes qui demandaient la suspension du versement des pensions et l’euthanasie des personnes de plus de soixante ans en 2050 qui ne posséderaient pas les moyens de subvenir à leurs besoins. Séraphin Marchon ne pouvait pas se résoudre à une telle tragédie. Il ne pouvait supporter d’imaginer la fin tragique de ses aïeux en raison de la gestion dispendieuse des générations antérieures. Mais l’Orniquart pourrait certainement changer la donne. L’afflux de richesses sur la République permettrait de sauver des millions de petits vieux qui n’aspiraient qu’à couler des jours heureux dans leur beau pays.

L’enrichissement du pays se passa à merveille pendant environ deux ans, qui permirent de récupérer environ 200 milliards d’euros, réinvestis dans le paiement des retraites. Marchon fut réélu triomphalement en raison de son aptitude prodigieuse à désendetter le pays. S’il avait hésité à faire emprisonner le professeur Oras pour l’empêcher de révéler ses secrets, il décida plutôt de le nommer à la tête de la Banque de France. Dans l’euphorie collective, personne ne pensa à critiquer la nomination d’un physicien des particules à la tête d’une institution financière. Les observateurs avaient toute confiance dans le Président, qui devait avoir ses raisons. Toutefois, Régis Delgado, le directeur de Metoplastic, ne voyait pas d’un bon œil la réquisition d’Orniquart par l’État. Il se sentait floué d’une fortune qui lui tendait pourtant les bras. Il décida donc d’informer la chancellerie allemande de l’existence de la machine, qui provoquait un afflux massif d’or sur les marchés, ce qui finirait à terme par rendre ce métal aussi vulgaire et courant que le plomb ou le fer. La réaction teutonique ne se fit pas attendre. Le chancelier Helmut Heinz réunit les principales puissances européennes, sans la France, mais aussi la Chine, la Russie, le Japon et les États-Unis, pour statuer de la marche à suivre pour empêcher la destruction de l’étalon-or rétabli par les BRICS en 2035, par l’engin du professeur Oras.

Rien ne permettait en effet de distinguer l’or artificiel de l’or naturel. Face au mouvement de rébellion internationale, le Président parvint à négocier un accord. Il cesserait d’utiliser la machine en échange du financement des retraites des Français par un fonds international pendant trente ans. De la sorte, l’honneur serait sauf, et le système monétaire international serait préservé… jusqu’à ce que le secret de l’Orniquart soit percé par un chercheur étranger et que cette innovation tombe dans le domaine public !