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LE TRANSFERT de l’industrie sur Mars et la dépollution de la Terre

Remémorons-nous aujourd’hui ce discours de Norbert Simondon, Président de la France entre 2065 et 2073. Prononcé devant l’Assemblée nationale le 14 juillet 2068, il provoqua la colère d’une partie des électeurs français. Un activiste écologiste radicalisé tenta même de l’assassiner deux jours plus tard lors de sa visite au centre de réinsertion par le travail de Villetaneuse. Alors qu’il interrogeait un groupe de jeunes actifs, le chef de l’Etat fut attaqué par un dénommé Vinicius, qui tenta de faire tomber sur lui un piano à queue alors qu’il prenait un bain de foule sur un trottoir. Il se sortit de cette mésaventure miraculeusement indemne, mais conscient de la résistance d’une partie de la société vis-à-vis de son projet. Plongeons-nous dans ce discours pourtant fondateur, afin de mieux comprendre la folie criminelle de ce jeune écologiste radicalisé, défenseur d’une planète Mars propre, protégé de l’influence néfaste de l’humanité. En effet, 15 ans après cette décision historique, l’industrie terrestre a massivement migré vers Mars, permettant une purification importante des écosystèmes terrestres.

            « Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée nationale, c’est avec un immense honneur que je me tiens devant vous aujourd’hui pour partager des réflexions cruciales sur l’avenir de notre nation, et du monde.

La mise au point de moteurs à fusion révolutionnaires a permis la diminution importante du temps de transport nécessaire pour atteindre Mars. C’est pourquoi, avec mes partenaires de l’ONU, nous venons de prendre une décision capitale pour le futur de notre planète. Comme vous le savez, la Terre connait des jours difficiles. La nature est usée, à bout de souffle, et ne semble pas pouvoir se rétablir sans un traitement de choc. Tant que nous continuerons à produire d’une manière aussi effrénée des biens industriels à l’aide d’un système productif aussi polluant, nous ne parviendrons pas à résoudre le problème écologique, qui est devenu majeur. En effet, les ouragans, les inondations, les sécheresses, bref les phénomènes climatiques se multiplient. Un grand nombre d’espèces végétales et animales disparaissent chaque jour et bientôt, la biodiversité sera réduite à peau de chagrin. Si rien n’est fait pour enrayer la course folle de notre technostructure, je ne suis pas très optimiste pour l’avenir de l’humanité. Peut-être que notre espèce sera la dernière à disparaitre, mais notre sort pourrait bien être aussi funeste que celui des nombreuses formes de vie exterminées et sacrifiées sur l’autel de la course au profit. J’entends bon nombre de nos femmes et hommes politiques écologistes, dénonçant comme coupable idéal le capitalisme et la cupidité de certains hommes d’affaires richissimes. Je ne crois pas à ce discours accusateur, visant à critiquer des boucsémissaires d’une manière un peu trop simpliste. L’humanité a produit des biens manufacturés en quantités sans cesse croissantes depuis les débuts de la Première révolution industrielle. Chaque époque a fondé son pacte social sur l’adhésion à une croyance dans les bienfaits de grappes d’innovations qui ont révolutionné les modes de vie et permis à l’humanité de créer de nouvelles formes d’organisations économiques, politiques, et sociales. Pour faire société, nous avons besoin de l’industrie, et je ne crois pas au discours prônant la sobriété, le refus de l’innovation, et la stagnation de notre économie. Il est en effet tentant de décider de retourner à des modes de vie du passé, dans le but de protéger nos écosystèmes. Mais les gens étaient-ils plus heureux il y a 20, 50, voire 100 ans ? L’industrie n’a-t-elle pas apporté son lot de bienfaits, orientant le processus de civilisation vers davantage de confort pour le plus grand nombre, réduisant la misère et des conditions de vie parfois difficiles, voire insoutenables ?

Face à la grave crise climatique et environnementale que nous connaissons, le gouvernement d’urgence planétaire, mis en place je vous le rappelle il y a deux ans à la suite du Grand déluge, a décidé qu’il était nécessaire désormais de stopper totalement et définitivement l’industrie sur Terre. De la sorte, notre atmosphère et nos écosystèmes pourront se régénérer, et l’humanité pourra à nouveau vivre dans un environnement satisfaisant. Toutefois, nous n’allons pas renoncer pour autant à l’industrie, au confort, et à notre bon vieux système capitaliste, qui a apporté tant d’innovations, et dont les promesses pour les années à venir sont nombreuses et alléchantes. Non, nous allons plutôt délocaliser les industries les plus polluantes sur la planète Mars. Nous nommerons ce projet la Grande migration industrielle martienne. Des bases sont déjà implantées sur cet astre lointain, et plusieurs usines fonctionnent à merveille, démontrant la viabilité de ce territoire pour accueillir notre infrastructure productive. Nous avons défini plusieurs critères visant à déterminer quelles activités seront choisies pour la Grande migration :

  • Les industries effectuant des rejets dans l’atmosphère, les rivières et les océans.
  • L’industrie minière sera quasiment intégralement extraterritorialisée. Des mines seront exploitées un peu partout dans le système solaire, mais plus sur Terre.
  • L’industrie textile particulièrement polluante pour l’eau, ne sera plus produite que sur Mars.
  • L’industrie chimique, source de déchets, sera aussi intégralement délocalisée.

Alors, me direz-vous que ferons-nous des industries polluantes qui ne peuvent pas être extraterritoralisées ?

  • Pour l’industrie agricole, par exemple, nous allons produire de nombreux aliments dans des fermes spatiales, sur la Lune et sur Mars, notamment des élevages de poissons et d’animaux transgéniques adaptés aux environnements extraterrestres. Il n’est en effet pas impossible de faire pousser des aliments sur Mars. Ce sont des végétaux et des animaux inconnus sur Terre, mais les scientifiques affirment qu’ils sont aussi nutritifs et sains que nos espèces terrestres. Grâce à l’ingénierie nutritive, il est possible de créer, à l’aide d’aliprimantes, de la nourriture très saine, pleine de composants optimisant la forme et l’espérance de vie des individus qui la consomment. Les aliprimantes sont l’avenir de l’alimentation terrestre. Il ne sera plus nécessaire d’élever et de massacrer les animaux par milliards, la viande étant produite par ce procédé biochimique révolutionnaire. Il en est de même pour les cultures, qui seront produites de la sorte. L’industrie agroalimentaire s’apprête à connaitre une révolution considérable, dans la mesure où elle ne polluera plus la nature terrestre. Ainsi, nous produirons la plupart de nos denrées alimentaires dans l’espace, et nos champs redeviendront des écosystèmes sauvages. Il convient en effet de restaurer au maximum des écosystèmes non modifiés par la main de l’homme.
  • L’industrie pétrolière et gazière, sur laquelle reposait jusqu’alors l’industrie, sera bien entendu totalement arrêtée. Les énergies fossiles seront interdites. Grâce à l’énergie nucléaire, à la fusion, et aux énergies renouvelables, nous pouvons assurer à nos concitoyens une alimentation en énergie suffisante.

Notons aussi que notre politique planétaire reposera sur un moratoire sur les transports. Il faudra en effet obtenir une autorisation pour tout déplacement nécessitant l’utilisation d’un moyen de transport polluant. Mais grâce au métavers, il sera quand même possible de se rencontrer dans des espaces virtuels. Ainsi, les humains deviendront des êtreslocalo-universels, ne vivant que dans un environnement proche, tout en étant connectés à l’ensemble de la planète, voire du système solaire.

Comme vous pouvez vous en douter, les principales usines et fermes que nous implanterons sur Mars ne seront pas gérées par des humains. Il n’est pour l’heure pas question de faire migrer des millions, voire des milliards de personnes sur la planète rouge. Nos robots industriels feront en effet tout le travail, et seront pilotés par des terriens, restés auprès de leurs familles, et se relayant pour procéder au bon fonctionnement des usines par téléprésence. Nous avons déjà expérimenté la production massive d’aérocars sur Mars grâce à ce système, qui s’est révélé être un succès. Ainsi, près de deux millions de véhicules non polluants y ont été assemblés avant d’être transportés sur Terre grâce à de gigantesques vaisseaux cargos. En effet, le capitalisme interplanétaire que nous envisageons repose sur le développement d’une flotte massive d’appareils qui rempliront les tâches de nos bateaux, avions, trains et camions actuels. Les biens manufacturés produits sur Mars seront transportés vers la Terre. Les vaisseaux les enverront à leurs destinataires par les airs, grâce à des drones non polluants.

Notre planète s’apprête donc à connaitre une des révolutions les plus importantes de ce siècle.  Avec la Grande migration industrielle martienne, nous allons entamer une nouvelle ère, permettant le renouveau de la Terre. Nous avons aussi décidé d’arrêter collectivement les tests d’armements, qui ne seront plus autorisés que sur Mars. La R&D la plus dangereuse sera aussi délocalisée sur cet astre. À terme, cette planète est appelée à devenir un eldorado pour l’industrie. La plupart des innovations y seront développées, avant d’être envoyées sur Terre.

En ce qui concerne le monticule de déchets que nous envisageons de récolter sur Terre lors du grand nettoyage, ils seront aussi envoyés vers Mars, en l’occurrence sur son satellite Phobos, où une immense usine de retraitement sera implantée. La plupart des détritus seront incinérés, sans que cela impacte notre atmosphère. Les plus polluants, comme les déchets radioactifs, seront enfouis sur le satellite Phobos, ou envoyés dans l’espace lointain. Ainsi, nous nommerons ce gigantesque projet « Operatio Terra Purificata », en latin, qui est redevenu la langue internationale, signifiant en français, « Opération Terre Propre ». Dans le même registre, le programme « Mars, planète de l’industrie » se traduira par « Mars, planetaindustriae ».

Mes chers concitoyens, je vous invite à vous rallier à ce beau et noble projet. N’écoutez pas les esprits négatifs et défaitistes qui souhaitent le respect des écosystèmes martiens. Ce sont de dangereux extrémistes. Nous sommes à l’heure des choix. Soit nous sacrifions Mars en acceptant de la polluer avec notre industrie, soit nous mourrons tous dans d’atroces souffrances, sur une Terre devenue inhabitable.

J’ai le devoir moral de promouvoir la cause martienne auprès de mon peuple bien aimé. Je vous sais lucides, intelligents, et prompts à accepter les décisions radicales quand elles vont dans le bon sens. Vive la France pluriséculaire ! »

Thomas Michaud

31 janvier 2024